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Séminaire "Pour une iconographie politique des dominé-e-s. Objets, méthodes, enjeux"

Séminaire organisé par le LabToP-CRESPPA (UMR 7217)
Année universitaire 2019-2020
Coordination : Maxime Boidy (LISAA – Université Gustave Eiffel)
Contact : maxime.boidy@live.fr

Argumentaire

Longtemps à la marge des sciences sociales et politiques, les savoirs visuels connaissent un regain d’intérêt dans ces disciplines au sein du monde francophone. Ils bénéficient de l’essor de paradigmes interdisciplinaires dans différentes aires intellectuelles, qui placent de plus en plus souvent les phénomènes politiques au centre de leurs investigations. Les études de culture visuelle (Visual Culture Studies), apparues dans le champ universitaire anglo- américain durant les années 1980 en marge de la discipline de l’histoire de l’art, prolongent l’ambition des études culturelles, féministes et postcoloniales en se focalisant sur la visibilité des phénomènes de classe, de genre et de race (Evans, Hall, 1999 ; Mirzoeff, 2009). L’iconographie politique (Politische Ikonographie) s’est développée comme un sous-champ disciplinaire de l’histoire de l’art germanophone en se consacrant aux motifs visuels comme vocabulaire du politique (Fleckner et al., 2011 ; Joschke, 2012). D’autres travaux de recherche portent une attention particulière à la mise en images des idées politiques (Ginzburg, 2013 ; Agamben, 2015). En France, les travaux fondateurs de Louis Marin sur l’iconographie du pouvoir monarchique (Marin, 1981) trouvent des échos ou des prolongements en sociologie, en histoire de l’art, en anthropologie ou en sciences de l’information et de la communication, autour d’objets tels que la visibilité médiatique de l’émeute (Bertho, 2009), les mises en images des soulèvements (Didi-Huberman, 2016), l’iconographie des formes de contestation (Crettiez, Piazza, 2013) ou les motifs symboliques de l’action politique (Vergnon, 2005). Cet ensemble de travaux appelle deux constats, qui tracent les lignes directrices de ce séminaire initié en 2015.
D’une part, sur cette base, il est désormais possible de circonscrire un champ de recherches spécifiquement dévolu à l’« étude visuelle du politique ». L’appréhension d’un tel champ nécessite toutefois de mener une réflexion interdisciplinaire approfondie sur ses fondements épistémologiques et méthodologiques, afin d’identifier les articulations nécessaires entre les positions intellectuelles les plus attentives aux exigences de scientificité (constitution de corpus empiriques, administration de la preuve) et les perspectives plus enclines à la théorisation et/ou à la politisation des savoirs visuels.
D’autre part, les travaux existants se sont fréquemment penchés sur l’iconographie du pouvoir dominant et de ses institutions, à l’instar de la représentation classique de l’État qui orne le frontispice du Léviathan (1651) du philosophe anglais Thomas Hobbes (Bredekamp,

2003). Il s’agit a contrario d’interroger les modalités d’enquête et de constitution de corpus non du seul point de vue des dominants, mais aussi du point de vue des « dominé(e)s », et ce à trois niveaux au moins :

  • (1) l’identification de corpus visuels et politiques susceptibles de nourrir la réflexion interdisciplinaire sur l’iconographie des « dominé(e)s », au-delà ou à côté des nombreux travaux portant sur les révoltes, les révolutions et les mouvements d’émancipation les plus connus, en particulier le mouvement ouvrier. Il s’agit d’identifier des lieux d’archives, des thématiques, ainsi qu’une bibliographie de travail, notamment parmi les axes de recherche et les travaux des participant(e)s du séminaire.
  • (2) une réflexion sur le point de vue des « dominé(e)s » et la production d’images par les catégories reléguées du monde social. On pourra approfondir cet axe de recherche en s’intéressant en particulier aux représentations visuelles des critiques de la représentation politique. Cet axe vise à interroger les relations qu’entretiennent ces deux formes de représentation dans l’iconographie des « dominé(e)s » (Boidy, 2017).
  • (3) une réflexion sur les formes de domination liées aux savoirs visuels. L’âge moderne a été caractérisé de longue date comme une période historique durant laquelle le visible participe d’une rationalité de la domination, à la production de sujets « observateurs » (Crary, 2016). Il s’agit de réfléchir plus largement au rôle des savoirs visuels dans la production de la domination, dans la construction de catégories politiques appliquées aux « dominé(e)s » (la foule dangereuse, l’idée de populisme) et dans leurs mises en représentation.

Le séminaire est ouvert aux doctorants et aux étudiants de master intéressés.

Bibliographie :

-  AGAMBEN Giorgio, 2015, La Guerre civile : pour une théorie politique de la stasis, Paris, Points.
-  BERTHO Alain, 2009, Le Temps des émeutes, Montrouge, Bayard.
-  BOIDY Maxime, 2017, « Luttes de représentation, luttes de visibilité : Notes sur l’iconographie et sur l’iconologie politique des dominé(e)s », Hybrid, n°4. En ligne : http://www.hybrid.univ- paris8.fr/lodel/index.php ?id=842#quotation
-  BREDEKAMP Horst, 2003, Stratégies visuelles de Thomas Hobbes. Le Léviathan, archétype de l’État moderne, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme.
-  CRETTIEZ Xavier et PIAZZA Pierre (dir.), 2013, « Iconographies rebelles », Cultures & Conflits, n°91/92.
-  CRARY Jonathan, 2016, Techniques de l’observateur : vision et modernité au XIXe siècle,
Bellevaux, Éditions Dehors.
-  DIDI-HUBERMAN Georges (dir.), 2016, Soulèvements, Gallimard – Jeu de Paume.
-  EVANS Jessica et HALL Stuart (dir.), 1999, Visual Culture : the Reader, Londres, Sage.
-  FLECKNER Uwe, WARNKE Martin et ZIEGLER Hendrik (dir.), 2011, Handbuch der Politischen Ikonographie, Munich, Beck (2 tomes).

-  GINZBURG Carlo, 2013, Peur, révérence, terreur : quatre essais d’iconographie politique, Dijon, Les Presses du réel.
-  JOSCHKE Christian, 2012, « À quoi sert l’iconographie politique ? », Perspective, n°1, p. 187- 192.
-  MARIN Louis, 1981, Le Portrait du roi, Paris, Minuit.
-  MIRZOEFF Nicholas, 2009, An Introduction to Visual Culture, Londres, Routledge.
-  VERGNON Gilles, 2005, « Le “poing levé”, du rite soldatique au rite de masse. Jalons pour l’histoire d’un rite politique », Le Mouvement Social, n°212/3, p

Programme

Programme

    • 24 janvier 2020 : 14 h00 - 17 h00 - CNRS, site Pouchet, salle 255

    Séance 1

    Jacopo Galimberti (British Academy – Université de Manchester) : « L’ouvrier, le militant et le monstre. Iconographie politique de l’opéraïsme et de l’autonomie ouvrière italienne ».

    (59/61, rue Pouchet, 75849 Paris, cedex 17 )

    • 28 février 2020 : 14 h00 - 17 h00 - CNRS, site Pouchet, salle 124

    Séance 2

    Michel Agier (CEMS – EHESS) : « Faire africain ou blackface. Comment créer un sujet politique ».

    (59/61, rue Pouchet, 75849 Paris, cedex 17 )

    • 13 mars 2020 : 14 h00 - 17 h00 - CNRS, site Pouchet, salle 255

    Séance 3

    Maxime Boidy (LISAA – Université Gustave Eiffel) : « Qu’est-ce qu’un bloc en politique ? Trajectoire conceptuelle, enjeux iconologiques (1885-1937) ».

    (59/61, rue Pouchet, 75849 Paris, cedex 17 )

    • 3 avril 2020 : 14 h00 - 17 h00 - CNRS, site Pouchet, salle 255

    Séance 4

    Véra Léon (CERLIS – Université Paris Descartes) : « Photographe : nom masculin ? Le genre d’un métier à la source des imaginaires ».

    (59/61, rue Pouchet, 75849 Paris, cedex 17 )


    4 février 2020