Contre la réforme des retraites et la LPPR : le  5 mars, la recherche s'arrête


Conférences

lundi 27 mai 2019 , 14h00 - 17h00 :  CNRS, site Pouchet, salle 255

59/61, rue Pouchet, 75849 Paris, cedex 17


Lectures sociologiques :
Autour de deux livres de l’équipe Cresppa-GTM

Cette séance a pour enjeu de présenter deux livres récents publiés par des chercheurs de l’équipe Cresppa-GTM et de discuter de la pluralité des manières de faire de la sociologie.


Aurélie JEANTET, Les émotions au travail, Paris, CNRS Editions, 2018

Présentation : Nina Sahraoui (Robert Schuman Centre for Advanced Studies European
University Institute)


Comment penser nos émotions dans la vie professionnelle ? Question délicate entre toutes tant le champ du travail se veut ordonné, rationnel, balisé. Et pourtant, le travail sollicite de manière vive la subjectivité, le corps et les affects. Chacun y cherche du plaisir, des échos sensibles à ce qu’il est, à ce en quoi il croit. Parallèlement, les dimensions de contrainte et d’exploitation y sont omniprésentes et de plus en plus intrusives, allant chercher du côté de l’intime dans le but de mobiliser, d’obtenir toujours plus de chacun. Instrumentalisation et déni des émotions, paradoxalement, cohabitent, générant une souffrance au travail qui semble croître dans tous les secteurs. L’idéal de maîtrise insinue qu’une bonne « gestion » des émotions serait la solution, et le management et la communication organisationnelle y contribuent d’ailleurs en mettant l’accent sur les émotions « positives ». Mais, tout en étant socialement construites, les émotions sont fondamentalement marquées du sceau de l’imprévisibilité. Elles ne peuvent être un simple « rouage » pour produire plus et mieux : elles introduisent un « grain de sable » qui vient parfois gripper la machinerie, pour le meilleur et pour le pire. L’attention aux émotions apparaît comme une manière de se relier aux autres, au monde et à soi, en se recentrant sur ce qui compte. Elle peut alors être pensée comme une forme de résistance et une voie d’émancipation. Au fil d’une démonstration appuyée sur des exemples concrets, Aurélie Jeantet redonne aux émotions la place qui leur revient, dans leur spécificité, leur diversité, leur ambivalence, leurs effets multiples, et leur caractère potentiellement subversif.

Jean-François Laé, Une fille en correction, Paris, CNRS Editions, 2018


Présentation : Virginie Descoutures (Université de Picardie Jules Verne/CURAPP-ESS)


Dans le sous-sol d’une association chargée de l’enfance à Avignon, sur des étagères en acier des années 1950, se succèdent trois cents mètres de dossiers noircis par le temps. « C’est un débarras », me lance Chantal, la cheffe du service, « vous ne trouverez que du vieux papier ! ». Des fouilles surgissent 160 lettres entre Micheline – enceinte à 20 ans – et Odile, assistante sociale auprès du tribunal pour enfants.
L’histoire commence ainsi. Une grossesse hors mariage et en situation de pauvreté, c’est une vie scellée dans un foyer maternel. Tandis qu’un cercle de femmes « sages » s’occupe de Micheline, celle-ci se révolte et s’enfuit. On la recherche dans tout le Roussillon. Odile la rattrape. Micheline aime sortir au bal ? L’assistante sociale l’en dissuade et la menace. Et pourtant, elle l’aime bien, cette échevelée ! C’est « ma fille », écrira-t-elle un jour.
C’est dans l’entrelacs de cette correspondance, sur le fil des relations entre Micheline et Odile, que se tisse le récit de Jean-François Laé autour des plaintes, de la soumission et de la révolte de ces jeunes femmes si tôt assignées. Filles célibataires, indisciplinées ou frondeuses, souvent en bisbille avec leurs familles, elles sont les oubliées de notre histoire.
À travers la révolte de Micheline, Jean-François Laé poursuit inlassablement son exploration des vies « faibles », fragiles, celles d’« anormaux » qui lancent un défi à l’ordre social.

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  • Cette séance a pour enjeu de présenter deux livres récents publiés par des chercheurs
    de l’équipe Cresppa-GTM et de discuter de la pluralité des manières de faire de la sociologie.