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Soutenance de thèse


Hugo Bonin

Hugo Bonin, Du régime mixte à la « vraie démocratie ». Une histoire conceptuelle du mot democracy en Grande-Bretagne, 1770-1920, thèse pour le doctorat de science politique réalisée en cotutelle entre l’Université du Québec à Montréal et l’Université Paris 8, sous la direction de Francis Dupuis-Déri et d’Yves Sintomer

jeudi 1er octobre 2020 à partir de 14h00, en vidéo-conférence

Le jury est composé de :

Laurent Colantonio (UQAM)
Francis Dupuis-Déri (UQAM), codirecteur
Joanna Innes (Oxford), rapporteure
Hélène Landemore (Yale), rapporteure
Pierre Rosanvallon (Collège de France)
Yves Sintomer (Paris 8), codirecteur

Résumé de la thèse

Vilipendé à travers l’Occident, associé au désordre et à la foule, le mot democracy devient, au cours du 19e siècle, un synonyme de bon gouvernement. Combinant histoire conceptuelle, humanités numériques et théorie politique, cette thèse retrace les usages britanniques de ce terme. Pour ce faire, différentes sources (débats parlementaires, traités politiques, ouvrages de référence, presse périodique) et outils méthodologiques (questionnement analytique, textonométrie) sont mobilisés. L’analyse se concentre sur quatre moments clefs, correspondant à des crises politiques internes et externes de la Grande-Bretagne, marqués par un emploi intensif du vocabulaire démocratique. En examinant les principaux sens dénotatifs et connotatifs de democracy en Grande-Bretagne entre 1770 et 1920, cette thèse met en relief une transition : celle d’un imaginaire politique britannique structuré par la théorie du gouvernement mixte à un régime parlementaire considéré comme démocratique.

Au début du premier intervalle, qui s’étend de 1775 à 1801, democracy est un terme peu commun dans la sphère politique britannique. Trois sens essentiels sont dégagés : le mot désigne un régime politique populaire, une société aux tendances égalitaires et le peuple compris comme les classes populaires. Dans son sens politique, un topique particulier de democracy émerge, propre à la Grande-Bretagne. Dans le cadre de l’influente théorie du gouvernement mixte, les Communes sont conçues comme l’élément démocratique du régime britannique, aux côtés des Lords aristocratiques et de la Couronne monarchique. Toutefois, suite à l’indépendance étatsunienne, la naissance du mouvement réformiste britannique et surtout la Révolution française, democracy voit sa connotation négative renforcée. Le vocabulaire démocratique est majoritairement l’apanage des forces conservatrices, qui l’utilisent pour discréditer les réformistes. Ce faisant, l’opposition entre democracy et monarchy se maintient.

Dans le second épisode, qui va de 1827 à 1852, le mot democracy est surtout employé par contraste avec aristocracy. Dans le cadre des débats sur le Reform Act de 1832, qui vise à élargir l’électorat, les conservateurs accusent encore leurs adversaires de vouloir renverser le régime mixte par un influx démocratique trop grand. A contrario, whigs et radicaux défendent la mesure précisément au nom d’un équilibre constitutionnel à préserver. Si certaines forces politiques s’approprient le terme de manière positive (radicaux, utilitaristes et surtout chartistes), le qualificatif reste peu appliqué pour caractériser la Grande-Bretagne. L’exemple de la démocratie étatsunienne tend toutefois à généraliser l’usage de democracy comme type de société égalitaire — même si les sens de régime politique et groupe social perdurent.
Entre 1865 et 1890, le passage du Second Reform Act (1867) permet de voir que si la théorie du régime mixte n’est plus prégnante, l’élite britannique n’embrasse pas pour autant la democracy. Libéraux comme conservateurs l’associent au règne de la populace et de la class legislation. Ils valorisent plutôt un régime parlementaire visant à l’équilibre entre toutes les classes sociales. Un changement s’amorce dans les années 1880, quand conservateurs et socialistes en viennent à se dire democrats. Face à la montée de la plutocracy, le terme est de plus en plus utilisé de manière positive en référence à la société britannique, considérée comme égalitaire.

Finalement, une analyse des usages de democracy de 1904 à 1914 révèle le chemin parcouru. Si les trois sens du mot (régime, société, groupe) sont toujours présents, la connotation en est à présent méliorative. Pour preuve, tant dans les débats sur le pouvoir des Lords que sur le suffrage féminin, des adversaires aux perspectives diamétralement opposées se réclament de la démocratie. Suite à la Première Guerre mondiale, il est incontestable que democracy est devenue une bannière derrière laquelle toutes les forces politiques se rallient — chacun-e prétendant posséder la vraie définition.

Cette thèse permet donc de souligner l’appropriation tardive de democracy par les forces politiques britanniques, à contraster avec les cas français et étatsuniens, qui adoptent l’étiquette démocratique beaucoup plus tôt. Elle démontre également la persistance d’une opposition conceptuelle forte entre régime mixte et democracy, puis entre cette dernière et le gouvernement parlementaire. Elle atteste du quasi-monopole conservateur sur le vocabulaire démocratique durant la période étudiée, tout en signalant la dichotomie oubliée entre people et democracy au même moment. Ces résultats permettent de remettre en cause la lecture téléologique de la démocratisation britannique opportunément amenée par plusieurs approches tant historiques que théoriques de cette question.

- Mots clés : démocratie ; Grande-Bretagne ; parlementarisme ; histoire conceptuelle ; textonométrie.


1er octobre 2020

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