Contre la réforme des retraites et la LPPR : le  5 mars, la recherche s'arrête
Print this page

C. Bense Ferreira Alves, avec Frédéric Poulard, « Le travail dans les institutions culturelles » Sociétés Contemporaines, n° 66, 2007.


Introduction :
En France, la culture a été marquée à partir des années 1960 par un processus d’« institutionnalisation », entendu comme l’importance croissante des institutions et acteurs publics dans ce domaine et la structuration des politiques publiques afférentes. L’activité culturelle semble aujourd’hui, en France comme ailleurs, de plus en plus imprégnée par le caractère marchand du bien ou du service qu’elle produit. Les récentes polémiques autour du développement de prêts d’ œuvres payants de musées nationaux et l’idée de rentabilité de l’institution qu’il insinue en est l’une des nombreuses illustrations. Une autre est le fait que les industries culturelles représentent, depuis quelques années, un modèle de développement. Ainsi, l’essor de la production de biens et de services culturels et artistiques semble devoir passer, aujourd’hui, par la dimension entrepreneuriale, industrielle et financière que revêtent ces industries culturelles.
La recherche actuelle en sciences sociales rend compte de ces phénomènes. À partir du constat détaillé des évolutions que connaît le travail dans le secteur des spectacles, Pierre-Michel Menger (2002 et 2005) envisage ainsi, les transformations du travail salarié au travers d’une généralisation de l’économie de projet et de variété à l’œuvre dans les industries culturelles et de l’emploi intermittent. Certains chercheurs soulignent, par ailleurs, que pour atteindre les objectifs de la politique culturelle que sont le développement des activités artistiques et la démocratisation des biens culturels, les pouvoirs publics sont amenés à infléchir leur intervention en s’inspirant des moyens mis en œuvres par les industries culturelles. Au plan mondial, le modèle des industries culturelles s’impose concrètement dans des projets de collaboration scientifique et politique tels que le réseau des « cités créatives ». En s’appuyant sur sept industries culturelles (littérature, cinéma, musique, arts populaires, design, arts numériques et gastronomie), ce réseau cherche à faire de la culture un élément moteur de l’activité économique, de l’identité communautaire, de l’amélioration de la qualité de vie et de la socialisation des jeunes au sein des grandes villes. Ces évolutions ne doivent pas nous faire perdre de vue certaines considérations, non moins importantes, à l’origine de ce dossier. L’apparition d’une logique commerciale, en lien avec l’usage de techniques marketing et managériales, ne doit pas occulter le rôle toujours déterminant de l’État et des collectivités territoriales, les institutions culturelles françaises étant encore très largement tributaires des subventions publiques. Par ailleurs, les changements qui traversent ces institutions ne peuvent être uniquement appréhendés à l’aune du produit fini ou du cadre institutionnel, comme l’évolution du marché de l’emploi et des cadres juridiques. Ils doivent aussi tenir compte des répercussions sur la division du travail et les formes de coopérations entre les différents protagonistes.
Ce dossier thématique entend donc examiner la manière dont s’effectue le travail quotidien au sein des musées, théâtres et cirques, et comment ceux-ci font face aux multiples changements (économiques, juridiques, administratifs, politiques, professionnels) qui affectent en permanence leur environnement. Un tel objectif vise à comprendre la manière dont ces structures se pérennisent tout en préservant la spécificité du service « culturel » offert. Lire la suite dans Cairn


 
16 November 2007

Celia Bense Ferreira Alves

Associate Professor at Paris 8 University
Cresppa-CSU
Page personnelle